Les faïences françaises - menus
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Modeste cannonade à Valmy




Avec l'aimable collaboration de Joseph Sigward.

Le 20 septembre 1792, à Valmy, la Révolution française est sauvée in extremis de l'invasion étrangère.

Après la journée du 10 août et l'emprisonnement du roi Louis XVI, les Prussiens ont envahi sans difficulté l'est de la France. Le 23 août, la garnison de Longwy capitule sous la pression de la population effrayée par les bombardements du colonel Tempelhof, un célèbre artilleur prussien. Le 2 septembre, Verdun capitule à son tour presque sans résistance.

A Paris, dans les clubs révolutionnaires et à l'Assemblée législative, beaucoup crient à la trahison. Des sans-culottes courent d'une prison à l'autre et, du 2 au 6 septembre, massacrent de façon souvent atroce 1.500 prisonniers. C'est un avant-goût de la Terreur.
La résistance s'organise, en Champagne, les généraux Dumouriez et Kellermann fraîchement nommés doivent tout faire: compléter les unités, garnir les magasins, habiller et armer les volontaires. Ils harcèlent Servan, le ministre de la Guerre, pour que les forces françaises puissent faire face.

Dumouriez envisage d'abord une défense frontale appuyée sur la barrière de l'Argonne. Mais voilà que les Autrichiens forcent le passage de la Croix aux bois et se précipitent en Champagne, contournant ses positions. Dumouriez réagit en regroupant ses troupes autour de Sainte-Menehould. Il appelle à lui Kellermann et se prépare à livrer une bataille à front renversé.

Les deux généraux français regroupent leurs armées composées de soldats professionnels et de volontaires sur le plateau de Valmy dans l'attente des Prussiens. 47.000 Français adossés à un moulin font bientôt face à 34.000 Prussiens sous le commandement du duc de Brunswick.

A noter parmi les Français la présence de l'ancien duc de Chartres, qui deviendra plus tard le roi Louis-Philippe 1er. Son père, le duc d'Orléans, ambitieux, corrompu et jaloux, n'eut de cesse de combattre son cousin le roi. Devenu député de la Convention sous le nom de Philippe-Égalité, il ira jusqu'à voter sa mort. Mais il n'échappera pas lui-même à la guillotine.

Plus de bruit que de mal

Vers une heure de l'après-midi, le brouillard se dissipe. Le général Kellermann lève son épée, surmontée de son chapeau au panache tricolore, et lance le cri de «Vive la Nation». Ses soldats l'imitent et entonnent La Marseillaise.

<Valmy,oeuvre de JB Mauzaisse, d'après Horace Vernet (RMN)>L'infanterie prussienne monte à l'assaut du moulin mais doit presque aussitôt reculer sous le feu de 36 canons. Pour la première fois depuis le début des hostilités, les Français encaissent l'attaque sans broncher.

Le duc de Brunswick paraît décontenancé par cette résistance et poursuit la bataille avec mollesse. 20.000 boulets sont échangés au total. La canonnade fait en tout et pour tout moins de 500 victimes (300 chez les Français, 184 chez les Prussiens).

Le lendemain de Valmy, à Paris, une nouvelle assemblée, la Convention, succède fort opportunément à la Législative. Avec elle débute la première République de l'Histoire de France.

Au même moment, les envahisseurs commencent à battre en retraite. Le feld-maréchal autrichien Clerfayt se retire en bon ordre en Belgique tandis que le duc de Brunswick repasse la frontière un mois plus tard. Verdun est évacuée le 14 octobre, Longwy le 22 et le dernier grenadier quitte la France le 23.

«Ici et maintenant commence une nouvelle époque de l'histoire universelle et vous pourrez dire que vous y étiez,» aurait déclaré le poète Johann Wolfgang Von Goethe (l'auteur de Faust), en assistant à la canonnade de Valmy. Il est vrai que cette modeste bataille va avoir un retentissement démesuré dans toute l'Europe en témoignant d'une vigueur inattendue des révolutionnaires.

A Paris, le lendemain même de la victoire inattendue de Valmy, la nouvelle assemblée de la Convention se réunit pour donner une nouvelle Constitution à la France, après la chute de la royauté. Les députés proclament l'abolition de la monarchie. Le surlendemain, le 22 septembre 1792, ils décident sur une proposition de Jacques Danton, que désormais, les actes publics seront datés de «l'An 1 de la République». C'est de cette manière «furtive», selon le mot de Robespierre, que la France se découvre en République.

Enivrés par leur succès de Valmy, les Français vont pendant plus de vingt ans porter la guerre dans toute l'Europe sous couvert de libérer les peuples du despotisme.

Une victoire trop facile ?

On s'interroge encore sur le peu d'entrain des Prussiens à Valmy, bien qu'ils possédassent alors la meilleure armée d'Europe. On peut penser que, fatigués par leur marche sous la pluie et rendus malades par la dysenterie qu'ils avaient contractée en goûtant aux mirabelles de Lorraine, ils n'étaient guère motivés par la guerre.

Mais on s'interroge également sur la facilité avec laquelle ils ont pu battre en retraite sans être poursuivis... Le duc de Brunswick était un franc-maçon, grand maître de la stricte observance écossaise, comme Danton, maçon de la Loge des neuf soeurs. Le général Dumouriez était de son côté haut dignitaire du Grand Orient. Ces appartenances ont pu faciliter des arrangements clandestins autour du moulin de Valmy.

Un maître ès intrigues

Le général Dumouriez, maître ès intrigues, a t'il sciemment évité de poursuivre Brunswick pour s'assurer plus tard une position d'arbitre en Europe?...

Né en 1739, Charles François Du Périer, dit Dumouriez, sert dans l'armée du roi Louis XV comme officier puis entre dans la diplomatie secrète et se met au service des ambitions du duc d'Orléans. Ministre des affaires étrangères de Louis XVI, il pousse celui-ci à la guerre en 1792. Après ses victoires de Valmy et Jemappes, il connaîtra la défaite à Neerwinden le 18 mars 1793 et tentera alors d'entraîner son armée contre la Convention.

Ayant échoué dans ce coup de poker, il passera à l'ennemi avec son fidèle second, le duc de Chartres, fils du duc Philippe d'Orléans, dit Philippe-Égalité... Dumouriez mourra dans l'oubli en 1823 (le duc de Chartres aura plus de chance puisqu'il deviendra roi sous le nom de Louis-Philippe 1er).

Un joueur criblé de dettes.

De son côté, le duc de Brunswick n'a t-il simplement pas voulu faire le jeu de l'empereur de Vienne, allié mais aussi rival du roi de Prusse, en se dégageant du conflit ? Ou a t-il été acheté avec les bijoux de la couronne ? L'hypothèse est plausible car le duc de Brunswick était un joueur fanatique criblé de dettes et totalement ruiné. Et l'on sait qu'un diplomate, passé à la Révolution dès 1789, François Noël, premier commis aux Affaires étrangères avant de devenir ministre plénipotentiaire à la Haye, avait écrit à Danton : «Faisons un pont d'or à l'ennemi».

Yves Amiot, sous le titre Les diamants de l'Argonne (Flammarion), relate l'effraction du Garde-meuble national à plusieurs reprises entre le 12 et le 16 septembre 1792, à l'initiative des hommes au pouvoir. Les pierres précieuses de la couronne auraient été desserties par deux ouvriers spécialisés qui furent assassinés ensuite. Le trésor aurait été réparti dans cinq petits sacs de cuir, Danton en conservant un pour lui, à toutes fins utiles. Une partie de ce magot, remise au duc de Brunswick par Billaud-Varenne, aurait ainsi permis au Prussien de se dégager de ses dettes. Un constat : le duc de Brunswick s'acquittera de ses dettes pour plus de huit millions après Valmy.

Ces arrangements n'ont rien pour surprendre. L'agitation révolutionnaire en France en était à ses débuts en 1792 et les responsables des deux bords étaient encore pénétrés des manières de l'Ancien Régime, de sorte que les intrigues et la recherche de compromis prenaient le pas sur le fanatisme.